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Emplois dans l’énergie de fusion

Rejobs Mis à jour le 5 nov. 2026 18 min

En France, la fusion se joue surtout en Provence, autour d’ITER et du CEA à Cadarache, avec deux start-up à Grenoble et en Gironde. On y recrute moins de physiciens que d’ingénieurs et de techniciens qui construisent des machines, sur des calendriers encore incertains.

La fusion nucléaire libère de l’énergie en assemblant des noyaux légers d’hydrogène dans un plasma porté à 150 millions de degrés, confiné par des aimants ou comprimé par des lasers. Aucune centrale à fusion ne fournit encore d’électricité au réseau. Les entreprises privées qui veulent en construire emploient pourtant plus de 16 000 personnes dans le monde et ont levé près de 4,5 milliards de dollars en un an. La France occupe une place à part dans ce secteur, car elle accueille ITER, la plus grande machine de fusion jamais construite. En 2024, environ 6 500 personnes travaillaient sur son site de Saint-Paul-lez-Durance, dans les Bouches-du-Rhône, en comptant les entreprises sous-traitantes. Ce que promet la fusion explique cet effort : une électricité bas-carbone, produite en continu quelle que soit la météo, sur des sites compacts, avec un combustible tiré de l’eau et du lithium.

Rejobs classe la fusion dans l’énergie propre, pas parmi les énergies renouvelables. La directive européenne sur les énergies renouvelables énumère l’éolien, le solaire, la géothermie, les énergies marines, l’hydroélectricité et la biomasse, et la fusion n’y figure pas. Pour une carrière, une autre distinction compte davantage : les calendriers commerciaux restent incertains, et travailler dans la fusion aujourd’hui, c’est construire et tester des machines, pas exploiter des centrales.

Combien de personnes travaillent dans la fusion

La Fusion Industry Association a interrogé 56 entreprises privées pour son rapport 2026. Elles ont levé 4,48 milliards de dollars sur les douze mois précédant juillet 2026, et 14,24 milliards depuis le premier recensement de l’association. Ce sont les chiffres du secteur lui-même, mais les recrutements se voient de l’extérieur : fin octobre 2026, la seule Commonwealth Fusion Systems publiait 136 offres, surtout en fabrication, en assemblage et en ingénierie.

Les programmes publics emploient des effectifs plus anciens et plus stables. L’agence britannique UKAEA revendique 2 600 salariés et se présente comme la première organisation de fusion au monde. L’Institut Max-Planck de physique des plasmas (IPP) comptait 1 270 salariés en juillet 2026, à Garching près de Munich et à Greifswald. Le consortium EUROfusion réunit plus de 4 000 chercheurs, techniciens et étudiants de 31 instituts dans 29 pays européens.

Les fournisseurs grandissent aussi. Les entreprises de fusion leur ont acheté pour 538 millions de dollars en 2025, 25 % de plus qu’un an plus tôt. Beaucoup de ces fournisseurs fabriquent aussi des aimants, des chambres à vide et des alimentations pour la médecine, les semi-conducteurs ou la recherche : on peut donc travailler sur du matériel de fusion sans que le mot figure dans le nom de son employeur.

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ITER à Cadarache, premier employeur de la fusion en France

ITER est un tokamak construit par 33 pays, à côté du centre CEA de Cadarache. L’organisation internationale employait 1 102 personnes fin 2023, dont 64,6 % de ressortissants européens. Plus de la moitié de ces salariés vivent à Aix-en-Provence ou à Manosque. Le chantier mobilise bien davantage : en mars 2023, près de 6 500 personnes de 90 pays détenaient un badge d’accès au site, et les 3 885 Français formaient de loin le premier contingent. Pour un candidat en France, ITER est donc moins une organisation qu’un bassin d’emploi, où travaillent côte à côte l’organisation internationale, l’agence européenne Fusion for Energy et des centaines d’entreprises sous-traitantes.

Le calendrier détermine les profils recherchés. Selon la nouvelle référence de 2024, l’exploitation scientifique commencera en 2034 et le fonctionnement au deutérium-tritium en 2039, quatre ans plus tard que prévu, pour un surcoût d’environ 5 milliards d’euros. L’assemblage avance désormais plus vite que ce plan : le sixième des neuf modules de la chambre à vide a été installé le 28 juillet 2026, près de six mois en avance, et le dernier est attendu d’ici mi-2027. Le travail glisse peu à peu de l’assemblage vers l’intégration des systèmes, la mise en service et la préparation de l’exploitation.

ITER recrute par plusieurs portes, toutes passant par son site d’offres d’emploi : postes de personnel, stages, programme post-universitaire et ITER Project Associates, des salariés détachés par les institutions des pays membres. Fin 2023, l’organisation accueillait ainsi 204 associés, 95 intérimaires et 134 stagiaires. Fusion for Energy, l’agence de l’Union européenne qui gère la contribution européenne à ITER, a son siège à Barcelone et un bureau à Cadarache. Elle recrute des agents temporaires pour cinq ans et des agents contractuels pour trois ans, parmi les ressortissants de l’UE.

Le CEA et le tokamak WEST

À côté d’ITER, l’Institut de recherche sur la fusion par confinement magnétique (IRFM) du CEA emploie environ 250 personnes et exploite le tokamak WEST. En février 2025, WEST a maintenu un plasma pendant 1 337 secondes, environ 22 minutes, un record de durée pour un tokamak. WEST fonctionne avec une paroi en tungstène, le matériau qu’ITER a retenu en 2024 pour remplacer le béryllium.

Le CEA recrute par son site emploi, qui affichait fin octobre 2026 plus de 200 CDI, 56 offres de post-doctorat et 453 stages, tous domaines confondus. Pour la fusion, la voie classique reste la thèse ou le post-doctorat à l’IRFM, avant un poste d’ingénieur-chercheur ou un départ vers ITER ou un laboratoire européen.

Les start-up françaises de la fusion

Deux start-up françaises recrutent dans la fusion. Renaissance Fusion, à Grenoble, conçoit un stellarator à aimants supraconducteurs à haute température et à paroi de lithium liquide. Elle a levé 32 millions d’euros en mars 2025, soit près de 60 millions en deux ans avec une subvention de Bpifrance, et comptait alors 62 salariés, avec l’objectif de dépasser 100 personnes en 2027.

GenF, créée par Thales, a inauguré en mai 2025 son site du Barp, en Gironde, pour développer la fusion par laser. Elle démarrait avec 10 salariés et un budget de 18,5 millions d’euros, dont 3,5 millions de France 2030, pour un prototype à partir de 2035 et un usage commercial vers 2040. Son projet TARANIS, retenu par France 2030, associe le CEA, le CNRS et l’École polytechnique.

L’essentiel de l’argent privé européen se trouve toutefois de l’autre côté du Rhin. La munichoise Proxima Fusion a levé 411 millions d’euros en juillet 2026 pour son stellarator de démonstration Alpha, et l’État de Bavière y ajoute 400 millions. Le gouvernement allemand a adopté en octobre 2025 un plan d’action doté de plus de 2 milliards d’euros d’ici 2029.

Confinement magnétique et confinement inertiel

Parmi les entreprises recensées par la FIA, 48 % misent sur le confinement magnétique et 21 % sur le confinement inertiel, les autres sur des approches hybrides. Ce choix détermine les profils recherchés.

Le confinement magnétique maintient le plasma dans une chambre à vide en forme d’anneau. Les tokamaks, comme ITER, WEST ou SPARC de Commonwealth Fusion Systems, font circuler un courant dans le plasma lui-même. Les stellarators, comme ceux de Renaissance Fusion et de Proxima Fusion, tordent le champ avec des bobines extérieures complexes : la conception est plus difficile, le fonctionnement plus stable. Les rubans supraconducteurs à haute température permettent des champs beaucoup plus intenses dans des machines plus petites, et SPARC utilise 18 aimants de 20 teslas. Ces employeurs recrutent des ingénieurs aimants, des spécialistes du vide et de la cryogénie, des calculateurs de structures et surtout des techniciens de bobinage et d’assemblage.

Le confinement inertiel comprime une capsule de combustible si vite que les noyaux fusionnent avant de se disperser. La National Ignition Facility américaine en a démontré la physique : le 7 avril 2025, ses lasers ont déposé 2,08 MJ sur une cible qui en a libéré 8,6, soit un gain de 4,13. Une centrale devrait répéter l’opération plusieurs fois par seconde, d’où les recrutements de physiciens des lasers, d’opticiens et de spécialistes de la fabrication de cibles chez GenF, Focused Energy ou Marvel Fusion.

Métiers de la fusion

Les offres changent vite, car chaque machine passe en quelques années de la conception à la fabrication puis à l’assemblage. Les offres d’emploi dans l’énergie de fusion publiées sur Rejobs viennent surtout de Commonwealth Fusion Systems, Thea Energy et Helion, et leur composition montre où en est le secteur : il construit.

Physique des plasmas et diagnostics

Les physiciens conçoivent les scénarios de plasma, modélisent sa stabilité et sa turbulence et construisent les diagnostics qui mesurent son comportement. Le doctorat est la norme, et le travail se partage entre codes de simulation et campagnes expérimentales. Dans les entreprises privées, l’équipe de physique reste petite : sur les 136 offres de CFS en octobre 2026, deux concernaient la physique des plasmas, contre 26 en fabrication et 14 sur l’assemblage de SPARC. Les laboratoires publics, IRFM, ITER ou IPP, recrutent davantage de physiciens, souvent en contrat à durée déterminée, par la voie de la recherche et développement.

Aimants, vide et cryogénie

C’est le cœur des recrutements du confinement magnétique. Les ingénieurs aimants conçoivent câbles et bobines supraconducteurs, calculent les contraintes électromagnétiques et mécaniques et prévoient la protection contre la transition résistive, quand un aimant perd brutalement sa supraconductivité et risque de se détruire. L’annonce de CFS pour un ingénieur mécanique spécialisé dans les câbles d’aimants demande cinq ans de conception et de calcul par éléments finis, et rien de propre à la fusion.

Les cryogénistes maintiennent les aimants à la température de l’hélium ou de l’azote liquide, les ingénieurs du vide conçoivent les enceintes et le pompage en ultravide. Les fournisseurs y voient des goulets d’étranglement : dans l’enquête de la FIA, 32 % des répondants citent les chambres et pompes à vide et 44 % la gestion de la chaleur. Les profils viennent surtout du génie mécanique et de l’ingénierie des matériaux.

Alimentation, chauffage du plasma et contrôle-commande

Une machine de fusion est une énorme charge électrique qui commute brutalement. Les ingénieurs en électronique de puissance conçoivent les convertisseurs qui alimentent les aimants et les bancs de condensateurs des machines pulsées, et les alimentations arrivent en tête des difficultés citées par les fournisseurs, à 48 %. Les spécialistes de la haute tension y trouvent aussi leur place.

Les ingénieurs radiofréquence construisent les systèmes à micro-ondes et à fréquence cyclotronique ionique qui chauffent le plasma. Les équipes d’automatique écrivent les boucles de régulation qui maintiennent le plasma en place à la milliseconde près, et les développeurs logiciels gèrent l’acquisition des données, les chaînes de simulation et la protection de la machine.

Cycle du combustible et matériaux

Une centrale devra produire son propre tritium à partir du lithium contenu dans une couverture autour du plasma, puis le récupérer et le recycler. Personne ne l’a encore fait à grande échelle. Ces équipes associent des ingénieurs en génie chimique, des spécialistes du tritium venus du nucléaire et des experts de la sécurité des procédés. Dans l’enquête de la FIA, 48 % des entreprises de fusion voient dans le cycle du combustible une difficulté à venir, et 40 % dans l’accès aux matériaux pour conditions extrêmes. Les spécialistes des matériaux étudient l’usure des parois sous le plasma et les neutrons, et les ingénieurs de téléopération conçoivent les robots qui entretiendront des composants trop radioactifs pour être touchés.

Fabrication, assemblage et contrôle qualité

C’est là que se trouvent aujourd’hui le plus d’offres. Les techniciens de production bobinent les aimants, raboutent les rubans supraconducteurs et y intègrent des capteurs à fibre optique. L’annonce de CFS pour un technicien de production demande six ans d’assemblage électromécanique et cite comme atouts les machines de bobinage et la manipulation d’azote et d’hélium liquides. Les techniciens d’assemblage construisent la machine, les soudeurs assemblent des enceintes étanches au vide, et les équipes d’assurance qualité, contrôle non destructif compris, valident chaque soudure, souvent avec l’appui des laboratoires d’essais. Les ingénieurs de fabrication transforment des prototypes uniques en procédés répétables pour une série de centrales.

Sûreté, autorisations et gestion de projet

La fusion invente sa propre réglementation. Au Royaume-Uni, les installations de fusion sont dispensées de licence nucléaire depuis le 10 septembre 2024 et relèvent de l’autorité de santé et sécurité au travail. Aux États-Unis, la NRC a proposé en février 2026 de les encadrer par les règles applicables aux matières radioactives plutôt que par celles des réacteurs. Les entreprises cherchent donc des spécialistes de la conformité réglementaire capables de rédiger des dossiers sans précédent, des radioprotectionnistes et des responsables santé et sécurité. Il leur faut aussi des spécialistes de l’ingénierie système et de la gestion de projet, pour mener un prototype unique jusqu’à une date ferme.

Achats et fonctions support

Le reste d’une entreprise de fusion ressemble à celui de tout industriel bien financé. Les postes de la chaîne d’approvisionnement sont très techniques, car les acheteurs doivent qualifier des fournisseurs pour des pièces que personne n’a encore fabriquées. Finance, juridique, ressources humaines et informatique grandissent à chaque levée de fonds, et l’entrée en Bourse de General Fusion a ajouté du travail de comptabilité et de finance de société cotée.

Salaires en France, en Allemagne et aux États-Unis

Il n’existe pas de grille de salaires propre à la fusion en France. Les repères les plus proches sont ceux du marché de l’ingénierie et les grilles publiques des laboratoires étrangers.

Poste France Allemagne (IPP) États-Unis (CFS)
Physicien, chercheur - 70 600 - 101 200 € 152 000 - 230 000 $
Ingénieur R&D, mécanique ou aimants 36 000 - 70 000 € 61 500 - 91 100 € 107 000 - 160 000 $
Automaticien, contrôle-commande 32 000 - 60 000 € - -
Technicien de fabrication ou de maintenance 28 000 - 50 000 € 55 200 - 76 300 € 30 - 52 $ de l’heure
Ingénieur électronique de puissance senior - - 134 000 - 205 000 $

Salaires bruts annuels sauf mention contraire. France : étude de rémunérations 2027 de Michael Page pour l’Île-de-France, tous secteurs (ingénieur bureau d’études-R&D, automaticien, technicien de maintenance), environ 10 % de moins en Provence. Allemagne : grille TVöD Bund en vigueur depuis le 1er mai 2026, appliquée par l’IPP, échelons 1 à 6, sur douze mois et hors prime annuelle ; E13 pour les chercheurs (5 881 à 8 431 € par mois), E11 pour les ingénieurs (5 124 à 7 592 €), E9b pour les techniciens (4 600 à 6 357 €). États-Unis : fourchettes publiées dans les offres de Commonwealth Fusion Systems à Devens (Massachusetts) en octobre 2026, hors prime de nuit pour les techniciens. Montants en devise locale, non convertis.

ITER fait exception : l’organisation paie ses salariés selon sa propre grille, en salaires nets exonérés de l’impôt français sur le revenu, à comparer donc aux salaires nets et non aux salaires bruts du tableau. Les entreprises américaines paient le plus, car elles disputent les mêmes ingénieurs aux industries technologiques et aéronautiques. Une part de leur rémunération prend souvent la forme d’actions, invendables tant que l’entreprise n’est pas cotée ou rachetée.

Conditions de travail

La fusion se concentre dans quelques pôles, et y déménager fait généralement partie du métier. En France, il s’agit surtout du pays d’Aix et de la vallée de la Durance autour d’ITER et de Cadarache, de Grenoble et du Barp en Gironde. En Europe viennent ensuite Barcelone, Garching et Munich, Greifswald, Darmstadt, l’Oxfordshire et le Nottinghamshire. Aux États-Unis, ce sont les régions de Boston et de Seattle, le Tennessee et la Californie.

Le cadre de travail dépend du stade de la machine. Les équipes de conception et de physique travaillent en bureau et en laboratoire, souvent en hybride ; le projet britannique STEP demande trois jours par semaine sur site. La fabrication se fait en équipes : chez CFS, les techniciens de l’équipe d’après-midi travaillent de 14 h à 22 h 30, soulèvent jusqu’à 23 kg environ et évoluent près d’aimants puissants, de fluides cryogéniques et de fumées. Sur un chantier comme ITER, les conditions sont celles d’un grand chantier industriel.

La sécurité et le contrôle des exportations pèsent plus lourd qu’ailleurs dans l’énergie propre, car la fusion touche à la physique des armes, aux lasers et aux matériaux avancés. Les annonces de CFS exigent le respect de la réglementation américaine sur les exportations, ce qui peut limiter ce qu’un non-Américain a le droit de faire.

Le principal risque est financier. General Fusion, l’une des plus anciennes entreprises privées du secteur, a licencié environ un quart de ses quelque 140 salariés en mai 2025 faute de trésorerie. La britannique First Light Fusion a renoncé en 2025 à sa propre centrale pour vendre des licences de sa technologie. Avant de rejoindre une start-up, il faut demander combien de mois de trésorerie elle détient, de quel jalon dépend la prochaine levée et ce que deviendra l’équipe si ce jalon glisse. ITER, le CEA ou l’IPP n’ont pas ce risque, mais proposent plus souvent des contrats à durée déterminée.

Formation et qualifications

La voie la plus directe vers la physique de la fusion est le master Erasmus Mundus FUSION-EP, un master européen en fusion et physique de l’ingénierie sur deux ans, dont les partenaires français sont Aix-Marseille Université, l’INSTN du CEA et l’Université de Lorraine. Il se prolonge naturellement par une thèse à l’IRFM ou dans un laboratoire du réseau EUROfusion.

Les postes d’ingénieur n’exigent pas de diplôme en physique des plasmas. Entreprises et laboratoires recrutent des mécaniciens, des électriciens et des développeurs et leur apprennent la fusion : l’annonce de CFS pour un ingénieur aimants n’en demande aucune connaissance. EUROfusion propose aux jeunes ingénieurs titulaires d’un master des bourses d’ingénierie de deux ans dans le programme européen, et ITER accueille stagiaires et jeunes diplômés par son programme post-universitaire.

Se reconvertir depuis un secteur voisin

Les employeurs de la fusion recrutent là où le matériel existe déjà. L’annonce de CFS pour un chef d’équipe de techniciens d’assemblage demande sept ans d’assemblage de haute technicité et cite l’aéronautique, les semi-conducteurs et le pétrole et le gaz comme exemples.

  • Depuis le nucléaire. C’est l’atout français. Radioprotection, assurance qualité nucléaire, manipulation du tritium et dossiers de sûreté se transposent presque tels quels, et les ingénieurs de la fission connaissent la protection contre les neutrons et la gestion des pièces activées, qu’aucune autre industrie n’enseigne.
  • Depuis les accélérateurs et les grands instruments. Chauffage radiofréquence, ultravide, cryogénie et alimentations pulsées sont le quotidien de laboratoires comme le CERN, tout proche de la frontière franco-suisse.
  • Depuis l’IRM et la fabrication d’aimants supraconducteurs. Bobinage, protection contre la transition résistive et conception de cryostats valent aussi pour les aimants à haute température, avec un autre conducteur.
  • Depuis l’aéronautique et la défense. Assemblage de précision, gestion de configuration et tolérances serrées avec une traçabilité complète, des compétences présentes à Toulouse, à Bordeaux et en Île-de-France.
  • Depuis les semi-conducteurs. La discipline de la salle blanche, le dépôt sous vide et la maîtrise des procédés correspondent à la fabrication des rubans supraconducteurs et des composants face au plasma.
  • Depuis le pétrole, le gaz et la mécanique lourde. Équipements sous pression, soudage qualifié, calcul de tuyauteries et conduite de grands projets, utiles dès que les centrales passeront en construction.

Les développeurs qui maîtrisent le temps réel ou le calcul haute performance passent aussi facilement : la plupart des entreprises n’attendent aucune connaissance de la fusion la première année.

Travailler à l’étranger : Allemagne, Royaume-Uni et États-Unis

L’Allemagne est le premier marché de la fusion en Europe continentale. L’IPP y exploite le tokamak ASDEX Upgrade à Garching et le stellarator Wendelstein 7-X à Greifswald, et Proxima Fusion, Gauss Fusion, Marvel Fusion et Focused Energy y recrutent. Pour un ingénieur français, Munich est la destination la plus proche où l’argent privé abonde.

Le Royaume-Uni a réservé 2,5 milliards de livres de 2025-2026 à 2029-2030 à la fusion, essentiellement par l’UKAEA et le prototype de centrale STEP à West Burton. Tokamak Energy, dans l’Oxfordshire, y développe des aimants supraconducteurs pour STEP dans le cadre d’un contrat de 70 millions de livres.

Les États-Unis concentrent l’argent privé : Commonwealth Fusion Systems a levé 1 milliard de dollars en août 2026, soit environ 30 % de tous les fonds jamais levés par le secteur. La Chine avance selon un calendrier d’État et construit à Hefei le tokamak BEST, qui doit être achevé fin 2027, mais ses recrutements restent presque entièrement nationaux.

Principaux employeurs

En France

  • ITER Organization - Saint-Paul-lez-Durance, tokamak de 33 pays, environ 1 100 salariés directs et 6 500 personnes sur le site
  • CEA IRFM - Cadarache, environ 250 personnes, tokamak WEST
  • Fusion for Energy - Barcelone, avec un bureau à Cadarache, agence de l’UE qui gère la contribution européenne à ITER
  • Renaissance Fusion - Grenoble, stellarator à aimants supraconducteurs, 62 salariés en 2025
  • GenF - Le Barp (Gironde), fusion par laser, créée par Thales

Laboratoires et programmes européens

Entreprises privées en Europe

  • Proxima Fusion - Allemagne, Munich, stellarator de démonstration Alpha, gain net d’énergie visé en 2031
  • Gauss Fusion - Allemagne, stellarator porté par des industriels, démonstrateur visé au milieu des années 2030
  • Marvel Fusion - Allemagne, Munich, fusion par laser et lasers industriels
  • Focused Energy - Allemagne et États-Unis, Darmstadt et Austin, fusion par laser
  • Tokamak Energy - Royaume-Uni, Milton Park, tokamaks sphériques et aimants supraconducteurs
  • Kyoto Fusioneering - Japon, avec des bureaux au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Allemagne, gyrotrons et cycle du combustible

Entreprises privées en Amérique du Nord

  • Commonwealth Fusion Systems - États-Unis, Devens (Massachusetts), tokamak SPARC, gain scientifique visé en 2027
  • Helion - États-Unis, Everett (Washington), centrale Orion qui doit fournir 50 MW à Microsoft à partir de 2028
  • Type One Energy - États-Unis, Knoxville (Tennessee), centrale à stellarator avec l’électricien public TVA
  • Thea Energy - États-Unis, Kearny (New Jersey), stellarator à bobines planes
  • General Fusion - Canada, Richmond (Colombie-Britannique), fusion à cible magnétisée, cotée au Nasdaq depuis juillet 2026

Deux autres secteurs de l’énergie propre partagent une grande partie de cette base technique. La conversion haute tension et le raccordement rapprochent la fusion des réseaux et des fournisseurs d’énergie, et l’électronique de puissance des machines pulsées est aussi recherchée dans le stockage d’énergie.

Perspectives à l’horizon 2030

Les quatre prochaines années mettront à l’épreuve les calendriers sur lesquels reposent les recrutements actuels. CFS veut démontrer un gain scientifique sur SPARC en 2027, l’année où la Chine prévoit d’achever BEST et où ITER doit installer son dernier module de chambre à vide. Helion a promis de l’électricité à Microsoft en 2028, Proxima Fusion vise un gain net d’énergie en 2031. Parmi les entreprises interrogées par la FIA, 71 % attendent une première électricité commerciale dans les années 2030, mais ce sont les prévisions de ceux qui lèvent les fonds. Si deux de ces machines tiennent à peu près leur date, le secteur passera des prototypes à la construction de centrales, et la demande se déplacera des bobineurs et des physiciens vers les métiers du chantier, de l’exploitation et des autorisations. Si elles glissent comme ITER, les 14,24 milliards de dollars levés devront durer plus longtemps, et ce sont les entreprises à la trésorerie la plus longue qui continueront d’embaucher.

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