Le stockage d'énergie convertit l'électricité excédentaire en réserves mobilisables - par réaction électrochimique dans des batteries lithium-ion, par pompage d'eau dans des stations de transfert d'énergie (STEP) ou par chaleur dans des systèmes de stockage thermique. L'AIE projette une multiplication par dix de la capacité mondiale de stockage par batteries d'ici 2030 - de 85 GW à 853 GW. BNEF prévoit 92 GW de nouveaux déploiements en 2025, soit 23 % de plus qu'en 2024. La chaîne d'approvisionnement européenne des batteries emploie environ 62 000 personnes, avec des projections de 200 000 à 300 000 à mesure que les gigafactories montent en puissance.
La France a fait un choix stratégique : construire une filière batterie souveraine. Le plan France 2030 a mobilisé 2,3 milliards d'euros d'aides publiques et 8,2 milliards d'investissements totaux pour soutenir 40 projets liés aux batteries. Verkor a ouvert sa première gigafactory à Dunkerque en décembre 2025. ACC produit à Billy-Berclau/Douvrin. Envision AESC a démarré la production à Douai en juin 2025. Mais le secteur recrute et se restructure simultanément - ACC a abandonné ses projets de gigafactories en Allemagne et en Italie en février 2026, et Northvolt, ex-champion européen, a fait faillite début 2025. Pour qui envisage une carrière dans le stockage, comprendre cette dynamique est indispensable.
Le pari industriel français
La France mise sur trois piliers pour se positionner dans le stockage d'énergie : la fabrication de cellules, le déploiement de batteries réseau (BESS) et un parc historique de STEP parmi les plus puissants d'Europe.
Gigafactories et fabrication
Verkor a inauguré en décembre 2025 sa première gigafactory de 16 GWh à Dunkerque, créant 1 200 emplois directs et 3 000 emplois indirects. L'usine produit des cellules NMC pour le marché automobile européen - Renault est le premier client. Le site a été choisi pour sa proximité avec le port de Dunkerque, la disponibilité foncière et l'accès à une main-d'oeuvre industrielle qualifiée dans les Hauts-de-France.
ACC (Automotive Cells Company), le consortium Stellantis-Mercedes-TotalEnergies, exploite son usine de Billy-Berclau/Douvrin (Pas-de-Calais) avec une capacité initiale de 13,4 GWh. C'est la première gigafactory française en activité. ACC a toutefois renoncé à ses projets à Kaiserslautern (Allemagne) et Termoli (Italie) en février 2026, invoquant un ralentissement de la demande de véhicules électriques en Europe. Seul le site français reste opérationnel.
Envision AESC a inauguré en juin 2025 sa gigafactory de Douai (Nord), avec une capacité initiale de 10 GWh destinée à équiper 200 000 véhicules électriques Renault par an. L'usine emploie 650 personnes en première phase, avec un objectif de 2 500 emplois à l'horizon 2030 quand la capacité atteindra 30 GWh. L'investissement total s'élève à 1,3 milliard d'euros, dont un prêt de 450 millions de la BEI.
ProLogium, fabricant taïwanais de batteries à état solide, a lancé en février 2026 la construction de sa gigafactory à Dunkerque. Capacité cible : 4 GWh d'ici 2029, avec un terrain réservé pour une extension à 48 GWh. C'est le premier site de production de batteries tout-solide en Europe - une technologie qui pourrait redéfinir le marché.
Saft, filiale de TotalEnergies depuis 2016, opère deux sites majeurs en France. Nersac (Charente) emploie environ 250 personnes et produit des batteries lithium-ion pour le ferroviaire, les télécommunications et l'aéronautique - dont les batteries des futurs TGV M d'Alstom. Bordeaux accueille 725 salariés et le principal centre mondial de R&D de Saft. Le site a inauguré en 2025 EnerShift, un projet pilote de stockage de 9 MWh alimentant le site pendant quatre heures par jour.
Tiamat Energy (Amiens) développe une usine de batteries sodium-ion de 5 GWh à Boves, avec un objectif de 1 000 emplois à pleine capacité. Le sodium-ion, moins cher et indépendant du lithium, est particulièrement adapté au stockage réseau.
Au total, les gigafactories françaises devraient créer environ 10 000 emplois directs d'ici 2030, et au moins le double en emplois indirects.
Stockage réseau (BESS)
L'Europe a installé 12 GW de stockage en 2024, une hausse de 35 %. La France a atteint 1,32 GW de BESS réseau opérationnel au troisième trimestre 2025 - contre moins de 50 MW cinq ans plus tôt. Le plus grand projet français, développé par Harmony Energy à Nantes (100 MW / 200 MWh), est entré en service en août 2025. TAG Energy et Tesla construisent un système de 240 MW / 480 MWh à Cernay (Haut-Rhin). RTE prévoit un besoin de 6 GW de stockage par batteries d'ici 2030 pour absorber la flexibilité nécessaire à l'intégration des 48 GW solaires et des volumes éoliens prévus par la PPE3. Aurora Energy Research projette même 9 GW.
Stations de pompage-turbinage (STEP)
La France exploite environ 5 GW de capacité STEP et 103,5 GWh de stockage - le deuxième parc d'Europe occidentale après l'Autriche. Grand'Maison (Isère, 1 800 MW) est la plus puissante STEP d'Europe. Les autres installations majeures incluent Montézic (Aveyron, 910 MW), Super-Bissorte (Savoie, 730 MW), Revin (Ardennes, 800 MW), Le Cheylas (Isère, 460 MW) et La Coche (Savoie, 380 MW, rénovée en 2019 pour 150 M€). 2024 a été une année record pour les STEP françaises : 6 TWh produits, dépassant le précédent record de 2014 de 400 GWh.
Le projet le plus significatif à venir est Montézic 2 : EDF prévoit d'investir 500 millions d'euros pour ajouter 466 MW (deux groupes réversibles de 233 MW) en excavant une nouvelle centrale souterraine dans la montagne aveyronnaise. Les travaux de reconnaissance débuteraient en 2026, la mise en service est ciblée pour 2035. Au total, EDF ambitionne d'augmenter la puissance de son parc hydroélectrique de 4 GW, dont 3,5 GW en STEP. Ces chantiers de longue durée offrent des perspectives d'emploi stables sur une décennie et plus.

La centrale de pompage-turbinage de La Coche, Savoie, rénovée en 2019 pour 150 M€. Source : Florian Pépellin / CC BY-SA 4.0

Les prix des cellules lithium-ion ont chuté de plus de 99 % depuis 1991. Version interactive du graphique. Source : Our World in Data / CC BY 4.0

Les cellules LFP sont désormais nettement moins chères que les NMC, ce qui explique leur domination dans le stockage réseau. Version interactive. Source : Our World in Data / CC BY 4.0
Trois industries, trois mondes du travail
Le stockage d'énergie n'est pas un secteur unifié. C'est au moins trois métiers distincts, avec des environnements de travail, des compétences et des trajectoires de carrière radicalement différents.
La fabrication de batteries se déroule en usine. Les gigafactories produisent des cellules lithium-ion dans des salles blanches et des salles sèches, sur des lignes automatisées fonctionnant en continu. Enduction des électrodes, assemblage des cellules, remplissage d'électrolyte, formation et tests de qualité. Les processus ressemblent davantage à la fabrication de semi-conducteurs qu'à la construction de parcs éoliens ou solaires. Le travail est posté - rotations de 12 heures - et exige rigueur, discipline et résistance physique (les salles sèches maintiennent une humidité inférieure à 1 %).
Le stockage réseau (BESS) commence sur un chantier et finit dans un centre de contrôle. Les systèmes de stockage par batteries - des conteneurs abritant des modules, des onduleurs et des systèmes de refroidissement - se déploient à grande vitesse. L'Italie a dépassé l'Allemagne et le Royaume-Uni comme premier marché BESS européen en 2024. Les projets BESS requièrent des ingénieurs en génie civil, des électriciens, des techniciens de mise en service, puis - une fois en exploitation - des spécialistes du dispatch et du trading d'énergie qui optimisent les revenus en réagissant aux signaux de prix du réseau en temps réel.
Les STEP sont des mégaprojets d'infrastructure. Ce sont des chantiers de plusieurs années, situés en montagne ou en vallée, mobilisant des centaines d'ouvriers du BTP, des ingénieurs en tunnels et des spécialistes de turbines. En 2024, 8,4 GW de nouvelles STEP ont été mis en service dans le monde - presque le double de la moyenne historique. Le pipeline mondial atteint 600 GW.
Grille salariale
| Poste | France | Belgique | Suisse |
|---|---|---|---|
| Ingénieur cellules / électrochimiste | 55 000 - 100 000 € | 58 000 - 105 000 € | 100 000 - 175 000 CHF |
| Ingénieur test batteries | 45 000 - 75 000 € | 48 000 - 80 000 € | 85 000 - 130 000 CHF |
| Technicien de production / opérateur | 25 000 - 42 000 € | 28 000 - 45 000 € | 55 000 - 80 000 CHF |
| Ingénieur projet BESS | 50 000 - 90 000 € | 52 000 - 92 000 € | 90 000 - 155 000 CHF |
| Ingénieur électronique de puissance | 50 000 - 95 000 € | 52 000 - 98 000 € | 90 000 - 170 000 CHF |
| Ingénieur intégration réseau / dispatch | 52 000 - 95 000 € | 55 000 - 98 000 € | 95 000 - 170 000 CHF |
| Chef de projet / développeur | 50 000 - 95 000 € | 55 000 - 98 000 € | 95 000 - 170 000 CHF |
| Business development (fixe) | 48 000 - 90 000 € | 50 000 - 88 000 € | 85 000 - 155 000 CHF |
Salaires bruts annuels. Les postes de technicien de production s'entendent hors primes de poste (typiquement 12-30 % en sus). Les rôles de business development incluent généralement 20-40 % de variable en plus du fixe. Les gigafactories sous convention collective de la métallurgie tendent à payer au-dessus des grilles standard. Données 2025 issues de SalaryExpert, HelloWork, Talent.com et Glassdoor. Cours indicatif : 1 CHF ≈ 0,95 €.
Métiers le long de la chaîne de valeur
Fabrication de batteries
Ingénieurs cellules et électrochimistes développent et optimisent la chimie des cellules - formulations d'électrodes, compositions d'électrolytes, formats de cellules. C'est un travail de R&D qui exige typiquement un doctorat ou un master en chimie, en ingénierie des matériaux ou en génie chimique. Dans les gigafactories, ils travaillent à améliorer les taux de rendement, la densité énergétique et la durée de vie des cellules.
Ingénieurs test batteries conçoivent et exécutent les protocoles de test - cyclage charge-décharge, mesure de dégradation de capacité, tests de sécurité (pénétration par clou, emballement thermique). Travail de laboratoire exigeant précision et patience. Diplôme d'ingénieur ou master en électrotechnique ou en physique.
Techniciens de production et opérateurs pilotent les lignes d'enduction, d'empilement, de remplissage d'électrolyte et de formation. Travail posté en salle blanche - rotations de 12 heures courantes - demandant dextérité manuelle, rigueur et familiarité croissante avec les systèmes d'automatisation. Les exigences d'entrée sont modestes : un CAP ou un Bac Pro dans un domaine technique suffit généralement, complété par une formation interne. Chez Verkor à Dunkerque, le recrutement cible activement des profils issus de l'industrie automobile et de la métallurgie des Hauts-de-France.
Ingénieurs qualité gèrent le contrôle statistique des processus, l'inspection des matières premières et l'analyse des défauts. La fabrication de batteries exige des tolérances serrées - une électrode mal alignée ou une contamination par l'humidité peut provoquer la défaillance de cellules ou, dans les cas extrêmes, un incendie.
Projets BESS
Ingénieurs projet BESS conçoivent et spécifient les systèmes de stockage - dimensionnement des batteries et onduleurs selon les exigences réseau, modélisation de la dégradation, conception électrique. Ils collaborent avec les développeurs, les fournisseurs d'équipements et les gestionnaires de réseau.
Ingénieurs de mise en service raccordent les projets BESS au réseau - tests des relais de protection, vérification de la synchronisation onduleur-réseau, tests de performance. Travail de terrain, nécessitant à la fois des connaissances en électrotechnique et des compétences pratiques de diagnostic. Ces ingénieurs se déplacent fréquemment et facturent des taux journaliers élevés.
Ingénieurs intégration réseau gèrent l'interface entre les installations de stockage et le réseau de transport ou de distribution. Ils traitent les demandes de raccordement, les études de protection et la conformité avec les codes de réseau de RTE et d'Enedis.
Ingénieurs dispatch et trading optimisent les revenus des batteries sur les marchés de gros et les services système. Ils construisent des algorithmes, surveillent les conditions de marché en temps réel et décident quand charger et décharger. Ce rôle hybride se situe à l'intersection des systèmes énergétiques, de la data science et de la stratégie commerciale. Les profils combinant connaissance des systèmes électriques et compétences en programmation (Python, bibliothèques d'optimisation) sont en pénurie aiguë.
STEP et hydroélectricité
Les carrières dans les STEP rejoignent celles de l'hydroélectricité au sens large - ingénieurs en génie civil et en tunnels, spécialistes de turbines et de générateurs, évaluateurs d'impact environnemental et équipes d'exploitation de long terme. La différence clé : les STEP cyclent quotidiennement (pompage la nuit, turbinage aux heures de pointe), ce qui impose des contraintes d'exploitation et des schémas d'usure spécifiques. L'IHA estime que la main-d'oeuvre des projets STEP se répartit typiquement en 39 % construction, 30 % fabrication et 17 % services professionnels.
Rôles transversaux
Ingénieurs systèmes de gestion de batteries (BMS) conçoivent l'électronique et le logiciel de surveillance des tensions, températures et états de charge des cellules. Le BMS est critique pour la sécurité et la performance dans les véhicules électriques comme dans le stockage stationnaire. C'est une niche qui combine ingénierie matérielle et développement firmware.
Spécialistes du recyclage de batteries constituent une profession émergente, à mesure que la première vague de batteries de véhicules électriques et de stockage réseau atteint sa fin de vie. Le nouveau règlement européen sur les batteries impose des taux minimaux de contenu recyclé et des objectifs de collecte, créant une demande pour des hydrométallurgistes, des ingénieurs procédés et des spécialistes de la gestion du cycle de vie.
Vente et développement commercial - la dimension commerciale du stockage est conséquente. Vendre des projets BESS aux électriciens, négocier des contrats d'achat d'énergie, structurer le financement de fonds de stockage - ces rôles requièrent une culture technique combinée à un sens commercial. Les responsables business development seniors gagnent souvent sensiblement plus que leurs homologues ingénieurs.

L'usine de batteries CATL près d'Erfurt, l'une des plus grandes gigafactories d'Europe. Source : Giorno2 / CC BY-SA 4.0
Technologies et compétences recherchées
Comprendre le paysage technologique oriente les choix de carrière : chaque technologie de stockage demande des compétences distinctes.
Le lithium-ion domine - 96 % du stockage par batteries installé dans le monde utilise cette chimie. Le lithium fer phosphate (LFP) s'est imposé pour les applications réseau, le nickel-manganèse-cobalt (NMC) pour les véhicules électriques. C'est là que se concentre l'immense majorité des emplois en fabrication et en ingénierie.
Les batteries à flux - vanadium redox, zinc-brome, fer-air - gagnent du terrain pour le stockage de longue durée (4 à 12 heures). Elles requièrent une expertise en génie chimique distincte du lithium-ion. En Suisse, le projet FlexBase à Laufenburg vise la plus grande batterie à flux redox du monde (800 MW / 1 600 MWh), avec un début de construction en 2025 et une exploitation commerciale prévue à l'été 2028 - un projet qui créera des postes pour chimistes et ingénieurs procédés dans l'espace francophone.
Les batteries sodium-ion entrent en production commerciale, menées par CATL et BYD. Coût réduit et indépendance vis-à-vis du lithium les rendent attractives pour le stockage réseau. Les processus de fabrication recoupent largement ceux du lithium-ion, ce qui permet aux techniciens batterie existants de se reconvertir avec peu de formation complémentaire.
Les batteries à état solide restent au stade de la recherche mais promettent des densités énergétiques supérieures et une sécurité accrue. Plusieurs centres de recherche français - dont le CEA-Liten à Grenoble et l'IPVF à Palaiseau - travaillent à leur commercialisation. Pour les scientifiques des matériaux, un marché de l'emploi pourrait émerger à moyen terme.
L'électronique de puissance - onduleurs, convertisseurs et systèmes de contrôle interfaçant batteries et réseau - est un goulet d'étranglement critique. Chaque projet BESS et chaque gigafactory a besoin d'ingénieurs en électronique de puissance, et le vivier de talents est mince. C'est durablement l'une des spécialisations les mieux rémunérées et les plus difficiles à pourvoir du secteur.
Le logiciel et l'optimisation différencient de plus en plus les opérateurs de stockage. Les revenus des BESS dépendent du trading algorithmique - acheter l'électricité quand les prix sont bas, vendre quand ils montent. Les ingénieurs qui construisent et maintiennent ces algorithmes de dispatch se situent à la croisée de l'ingénierie électrique, de la data science et de la stratégie commerciale.
Conditions de travail : un regard honnête
Les conditions de travail dans le stockage d'énergie varient drastiquement selon le segment.
La gigafactory, c'est l'usine. La fabrication de batteries tourne 24h/24, 7j/7 en équipes alternantes - typiquement des schémas continentaux (deux jours, deux nuits, quatre jours de repos) ou des rotations de 12 heures. Salles blanches et salles sèches sont climatisées mais contraignantes : pas de bijoux, tenue complète de protection, objets personnels limités. Le travail est répétitif mais techniquement exigeant. Les salles sèches avec une humidité inférieure à 1 % peuvent être physiquement inconfortables sur de longues périodes.
Le cadre social français offre des protections spécifiques. La convention collective de la métallurgie (IDCC 3248), réformée en 2024, couvre la plupart des salariés des gigafactories. Les 35 heures restent la norme, avec des heures supplémentaires majorées. Les primes de poste (typiquement 12 à 30 % en sus du salaire de base), les indemnités de transport et la mutuelle d'entreprise sont standard dans le secteur. Chez Verkor, les accords d'entreprise prévoient des avantages compétitifs pour attirer les profils industriels de la région dunkerquoise.
Les sites BESS sont des chantiers, puis des installations télécommandées. Pendant la construction, les projets BESS ressemblent à tout chantier d'infrastructure électrique - travail en extérieur, engins lourds, chaussures de sécurité et casques. Une fois en exploitation, la plupart des BESS sont non-occupées et surveillées à distance. Les rôles de dispatch et d'exploitation peuvent souvent s'exercer depuis un bureau ou en télétravail - l'une des rares opportunités véritablement hybrides du secteur.
Les STEP sont de l'infrastructure de montagne. Les phases de construction durent des années et se situent dans des vallées alpines ou des sites isolés. Les équipes d'exploitation sont typiquement réduites (20 à 50 personnes) et basées en permanence près de l'installation. Grand'Maison est dans l'Isère, La Coche en Savoie - des cadres de vie privilégiés, mais loin des métropoles.
La sécurité est une préoccupation sérieuse dans tous les segments. Les batteries lithium-ion comportent des risques d'incendie et d'emballement thermique ; les environnements de fabrication doivent gérer l'exposition à l'électrolyte (composés fluorés toxiques) et les systèmes haute tension. Les sites BESS manipulent des centaines de volts en courant continu. Les STEP impliquent les risques classiques du BTP lourd plus le travail en espaces confinés dans les galeries.
La diversité reste un défi, particulièrement dans les postes de fabrication et de chantier, où la proportion d'hommes est très élevée. Les rôles d'ingénierie et commerciaux présentent un meilleur équilibre, mais le secteur dans son ensemble reste en deçà des objectifs. Selon l'IRENA, les femmes représentent environ 32 % des effectifs dans les énergies renouvelables au niveau mondial.
La stabilité de l'emploi est variable. La fabrication de batteries s'est révélée volatile - l'effondrement de Northvolt, les réductions d'effectifs de Samsung SDI en Hongrie, l'abandon par ACC de ses sites allemand et italien. Le rythme de recrutement peut s'inverser rapidement quand les prévisions de demande changent. Le développement et l'exploitation de BESS sont plus stables grâce aux contrats de revenus à long terme. Les STEP offrent la plus grande stabilité : les installations fonctionnent 50 ans et plus, et les projets de construction s'étalent sur une décennie.
Se former et accéder au secteur
Formation initiale en France
La technologie des batteries est encore mal couverte par l'enseignement traditionnel, mais la France structure rapidement son offre.
L'École de la Batterie, fondée par Verkor et 11 partenaires (CEA/INSTN, Grenoble INP, AFPA, CNAM/HESAM, IMT), est le principal dispositif national de formation dédié à la filière. Dotée de 20 millions d'euros (dont 14 M€ de France 2030), elle forme 1 600 personnes par an - du CAP au doctorat - avec un objectif de 8 000 professionnels qualifiés d'ici 2030. Les formations couvrent les opérateurs de production, les techniciens, les ingénieurs procédés et les chercheurs. Les sites sont répartis entre Auvergne-Rhône-Alpes et la "vallée de la batterie" de Dunkerque.
Grenoble INP - Ense3 propose un diplôme d'ingénieur en apprentissage spécialisé Production, Distribution et Stockage des Énergies. Grenoble INP - Phelma offre un master en génie électrochimique pour la conversion et le stockage de l'énergie. La proximité du CEA-Liten, premier centre européen de recherche sur les batteries, fait de Grenoble l'épicentre français de la formation batterie.
Au niveau BTS et Bac Pro, les filières électrotechnique (BTS Électrotechnique, Bac Pro MELEC) fournissent la base technique pour les postes d'opérateur et de technicien. La formation interne dans les gigafactories complète le parcours - Verkor et ACC ont mis en place des programmes d'intégration de plusieurs semaines pour les nouvelles recrues.
L'European Battery Alliance Academy (EIT InnoEnergy) a formé environ 50 000 travailleurs à travers l'Europe. Plusieurs instituts Fraunhofer en Allemagne proposent des formations courtes en production et test de cellules. Les masters en électrochimie et stockage d'énergie à l'RWTH Aachen, la TU Munich ou l'Imperial College London sont reconnus dans le secteur.
Reconversion professionnelle
Depuis l'automobile - la transition la plus naturelle, et en France la plus pertinente. Les gigafactories utilisent des processus de production (enduction, séchage, calandrage, assemblage) qui recoupent largement la fabrication automobile. Opérateurs de production, ingénieurs qualité et techniciens procédés peuvent changer de secteur avec un minimum de formation complémentaire. Avec la transformation de la filière automobile française - de Renault à Stellantis en passant par les équipementiers -, des milliers de profils qualifiés deviennent disponibles.
Depuis la chimie et la pétrochimie - ingénieurs procédés, spécialistes HSE et chefs de projet habitués aux matières dangereuses et aux processus continus apportent des compétences directement applicables. La France dispose d'un bassin industriel chimique important (vallée de la chimie à Lyon, Hauts-de-France, Alsace) qui constitue un vivier naturel.
Depuis l'électrotechnique et l'énergie - ingénieurs réseau, spécialistes des protections et techniciens de postes chez RTE, Enedis ou les distributeurs locaux sont très demandés pour les rôles d'intégration BESS et de mise en service. La transition est quasi directe pour quiconque a une expérience en haute tension.
Depuis l'IT - les rôles de dispatch et d'optimisation recrutent dans l'univers logiciel : développeurs Python, data scientists, ingénieurs en algorithmes. Pas d'expérience énergie requise au départ ; la compétence métier s'acquiert rapidement sur le terrain.

Un électricien lors de l'installation d'un système de stockage résidentiel.
Principaux employeurs
Fabricants de batteries (opérations européennes)
- Verkor - France, gigafactory de 16 GWh à Dunkerque, 1 200 emplois directs, objectif 50 GWh en 2030
- ACC - France, JV Stellantis/Mercedes/TotalEnergies, usine de Billy-Berclau/Douvrin en activité (13,4 GWh)
- Envision AESC - Japon/Chine (Envision Group), gigafactory de Douai (10 GWh), 650 salariés, objectif 2 500 d'ici 2030
- Saft (TotalEnergies) - France, sites de Nersac et Bordeaux, environ 975 salariés en France, batteries pour le ferroviaire, l'aéronautique et le stockage industriel
- ProLogium - Taïwan, gigafactory de batteries à état solide en construction à Dunkerque (4 GWh d'ici 2029)
- CATL - Chine, usine d'Erfurt (1 700 salariés) et Debrecen, Hongrie (jusqu'à 9 000 à pleine capacité)
- PowerCo - Allemagne (filiale VW), gigafactory de Salzgitter, objectif 5 000 salariés
- Samsung SDI - Corée du Sud, usine de Göd, Hongrie
- SK On - Corée du Sud, trois usines en Hongrie, 47,5 GWh de capacité européenne
- AESC - Japon/Chine (Envision Group), gigafactory de Sunderland, Royaume-Uni
Intégrateurs BESS et fournisseurs de technologies
- Fluence - États-Unis (Siemens/AES), leader mondial, 1 700+ salariés, 2,3 milliards USD de chiffre d'affaires
- Tesla Energy - États-Unis, 46,7 GWh déployés en 2025, fabrication de Megapacks en Californie et Shanghai
- BYD Energy Storage - Chine, 75+ GWh livrés dans 110+ pays
- Wärtsilä Energy Storage - Finlande, a livré le plus grand BESS opérationnel d'Europe (200 MW à Blackhillock, Écosse)
- Sungrow - Chine, 17 300 salariés, le chiffre d'affaires stockage dépasse désormais celui des onduleurs
Développeurs et opérateurs BESS
- NW Groupe - France, 950+ MW de BESS distribués en exploitation (750+ sites), premier opérateur français de stockage par batteries
- TotalEnergies - France, développe des projets de stockage adossés à ses actifs renouvelables, via sa filiale Kyon Energy (Allemagne, 1,7 GW approuvés)
- Corsica Sole - France (Bastia), premier acteur français à combiner solaire et stockage à grande échelle, leader européen du stockage insulaire
- Harmony Energy - Royaume-Uni/France, a mis en service le plus grand BESS de France à Nantes (100 MW / 200 MWh)
- TAG Energy - Royaume-Uni/France, construit avec Tesla le futur plus grand BESS français à Cernay (240 MW / 480 MWh)
- Zenobe - Royaume-Uni, 1 135 MW en exploitation ou construction, ~340 salariés
Stations de pompage-turbinage
- EDF Hydro - France, exploite Grand'Maison (1 800 MW), Montézic, Super-Bissorte, La Coche, Revin et d'autres STEP en France
- Voith Hydro - Allemagne, 3 700 salariés, a modernisé la plus grande STEP du monde (Bath County, États-Unis)
- ANDRITZ Hydro - Autriche, groupe de 30 500 salariés, a fourni l'équipement de Limberg III (480 MW, Autriche)
Recyclage de batteries
- Eramet - France (Paris), leader minier qui développe une filière de recyclage de batteries lithium-ion, partenariat avec BASF et Suez
- BASF - Allemagne (Schwarzheide), usine de black mass de 15 000 t/an, l'une des plus grandes d'Europe
- Orano - France, développe des procédés de recyclage hydrométallurgique pour batteries, tirant parti de son expertise nucléaire en chimie des matériaux
Cadre réglementaire et politique industrielle
La réglementation européenne façonne l'emploi dans le stockage selon deux axes.
Le règlement européen sur les batteries (en vigueur par phases de 2024 à 2027) impose des déclarations d'empreinte carbone, des taux minimaux de contenu recyclé et des obligations de diligence raisonnable pour les chaînes d'approvisionnement. Cela crée une demande pour des spécialistes de la durabilité, des auditeurs de chaîne de valeur et des professionnels de la gestion du cycle de vie - des rôles qui n'existaient quasiment pas il y a cinq ans.
Le plan d'action européen pour le stockage d'énergie et les programmes nationaux d'enchères accélèrent le déploiement. En 2025, 80 GWh ont été attribués via des enchères européennes - ce qui se traduit directement en emplois de construction, de mise en service et d'exploitation dans les deux à trois années suivantes.
En France, la politique industrielle repose sur plusieurs leviers. Le plan France 2030 a mobilisé 2,3 milliards d'euros d'aides publiques pour 40 projets liés aux batteries, totalisant 8,2 milliards d'investissements - de l'extraction au recyclage. Le crédit d'impôt C3IV (Investissements Industrie Verte), prolongé jusqu'en 2028, offre 20 % de crédit d'impôt sur les investissements en production de batteries, avec des bonifications pour les PME (+20 %) et les ETI (+10 %). La PPE3 (février 2026) intègre des objectifs de flexibilité réseau, et la PPE prévoit 1 à 2 GW de STEP supplémentaires d'ici 2030, même si France Renouvelables regrette l'absence de trajectoire explicite pour le stockage par batteries. Les appels d'offres CRE et le nouveau mécanisme de capacité (réforme CRE 2025, effectif novembre 2026) réservent des volumes dédiés au stockage et à l'effacement. La loi d'accélération des énergies renouvelables (2023) a simplifié les procédures d'autorisation, y compris pour les centrales hybrides intégrant du stockage.
L'Inflation Reduction Act américain attire les investissements vers l'ouest. Le départ de FREYR Battery de Norvège vers les États-Unis et l'expansion de la fabrication de Megapacks par Tesla au Texas illustrent l'impact des régimes de subventions sur la localisation des emplois. L'Europe réagit - le Net Zero Industry Act vise 40 % de la production de technologies propres en Europe - mais le résultat reste incertain.
Belgique et Suisse
La Belgique est un acteur du stockage par son tissu de recherche et sa position logistique. L'IMEC (Louvain) est un centre mondial de R&D sur les batteries à état solide. Umicore (Bruxelles) est l'un des principaux producteurs européens de matériaux cathodiques et développe des procédés de recyclage. Fluxys, désigné opérateur du réseau hydrogène belge en 2024, travaille aussi sur le couplage stockage-réseau dans le port d'Anvers. Les salaires belges se situent légèrement au-dessus du niveau français (voir tableau), reflet du coût de la vie bruxellois et de la concurrence pour les profils techniques.
La Suisse dispose de deux des STEP les plus puissantes d'Europe : Nant de Drance (900 MW, opérationnelle depuis 2022, construite à l'intérieur des Alpes en 14 ans pour 2 milliards CHF) et Linth-Limmern (Axpo, 1 520 MW). Le projet FlexBase à Laufenburg représente un tournant technologique avec la plus grande batterie à flux redox du monde en construction. Les rémunérations suisses sont nettement supérieures au niveau français - un avantage pour les frontaliers francophones.

Le lac d'Émosson vu depuis le barrage du Vieux Émosson, partie du complexe Nant de Drance (900 MW), construit en 14 ans à l'intérieur des Alpes. Source : Rémih / CC BY-SA 4.0
Pour les professionnels francophones, l'espace France-Belgique-Suisse constitue un marché du travail interconnecté. L'expertise en STEP et en électrochimie circule entre les trois pays, et la pénurie de compétences y est généralisée.
Secteurs connexes
Le stockage d'énergie se situe au carrefour de plusieurs filières des énergies propres. Les ingénieurs batterie circulent fréquemment entre le stockage et l'infrastructure de recharge pour véhicules électriques. Les spécialistes de l'intégration réseau travaillent à la frontière du stockage et des réseaux intelligents. L'hydrogène - en particulier l'hydrogène vert produit à partir d'électricité renouvelable - est de plus en plus couplé au stockage par batteries dans des projets hybrides, et la technologie des piles à combustible partage des fondamentaux électrochimiques avec la R&D batterie. Le stockage derrière le compteur - batteries domestiques couplées au solaire - est une niche plus petite mais en expansion avec le développement de l'autoconsommation en France. Les frontières entre ces secteurs se brouillent, et les professionnels qui maîtrisent plusieurs technologies de stockage disposent d'un avantage de carrière considérable.